L’Empoisonneur de Yaroslavl
L’affaire Vyacheslav Solovyov
Un ingénieur ordinaire. Un poison indétectable. Six victimes, dont sa propre famille.
⬛ Fiche de l’affaire
Vyacheslav Valeryevich Solovyov
12 mars 1970 — 2 décembre 2008
Yaroslavl, oblast de Yaroslavl, Russie
6 morts confirmées + plusieurs tentatives
Empoisonnement au thallium et à l’azoture de sodium
Mars 2007
« L’Empoisonneur de Yaroslavl » · « Le Barbe-Bleue de Yaroslavl » · « Le Salieri de Yaroslavl »
L’Empoisonneur de Yaroslavl : En 2003, dans la paisible ville de Yaroslavl — une cité historique au bord de la Volga, à quelque 250 kilomètres au nord-est de Moscou — des médecins commencent à constater une série de décès inexpliqués. Des patients arrivent aux urgences avec des symptômes vagues : chute de cheveux, douleurs articulaires, vomissements, insuffisances rénales. Chaque fois, les docteurs diagnostiquent des maladies ordinaires. Chaque fois, les victimes meurent. Il faudra quatre longues années pour que la vérité éclate : un seul homme, discret, instruit, ordinaire en apparence, est à l’origine de cette série de meurtres silencieux.
L’Empoisonneur de Yaroslavl : Son nom est Vyacheslav Solovyov. Ingénieur de son état, né en 1970 à Yaroslavl, il restera dans les annales criminelles russes comme l’un des empoisonneurs en série les plus froids et les plus méthodiques de l’histoire contemporaine du pays.
L’Empoisonneur de Yaroslavl : De l’obsession à l’acte : comment tout a commencé
L’Empoisonneur de Yaroslavl : Selon les enquêteurs, c’est entre 2001 et 2002 que Solovyov développe une fascination morbide pour les poisons. Cette attirance lui serait venue, entre autres, de deux sources littéraires et cinématographiques : le film The Young Poisoner’s Handbook, inspiré de la biographie du célèbre empoisonneur britannique Graham Young, et le roman policier d’Agatha Christie Le Cheval Pâle, dans lequel le thallium est utilisé comme arme du crime parfaite.
Ce qui fascine Solovyov dans le thallium — un métal lourd toxique — c’est précisément son insaisissabilité. Ses symptômes d’empoisonnement (fatigue, alopécie, troubles digestifs) imitent à la perfection des maladies courantes. Sans analyse toxicologique spécifique, les médecins ne peuvent rien détecter. Solovyov l’a compris avant même de commettre son premier crime.
Méthodique, il se documente intensivement : littérature spécialisée, recherches sur internet, tentatives de synthèse du poison à partir de plantes. Après avoir échoué à le fabriquer lui-même, il parvient à se procurer, auprès d’une entreprise chimique régionale, plusieurs centaines de grammes de sulfate de thallium ainsi que de l’azoture de sodium — deux substances extrêmement toxiques, normalement destinées à des usages industriels stricts.
Les victimes : sa propre famille en ligne de mire
Ce qui rend l’affaire Solovyov particulièrement glaçante, c’est que ses premières victimes ne sont pas des inconnus : ce sont les personnes les plus proches de lui.
Sa femme Olga, avec qui il vivait depuis l’école — soit 14 ans de vie commune — meurt après avoir ingéré du poison mélangé à sa nourriture en petites doses progressives. Cause officielle du décès : maladie non identifiée.
Sa fille Nastya, 14 ans, mange par accident du caviar rouge que son père avait empoisonné — le poison était initialement destiné à un voisin dont Solovyov soupçonnait qu’il lui avait volé une batterie de voiture. Nastya tombe gravement malade, continue pourtant d’aller à l’école. Après six mois d’hospitalisation, elle décède. Son père n’informe jamais les médecins de la vérité.
Irina Astakhova, sa compagne de l’époque, décède à l’hôpital. Les médecins constatent des lésions irréversibles au foie et aux reins, sans parvenir à en déterminer la cause exacte.
Solovyov s’installe chez Oksana Gurieva, entraîneuse d’acrobatie et mère de deux petites filles. Lors d’une visite chez la grand-mère d’Oksana, il verse du thallium dans une carafe d’eau. La grand-mère Taïssia Iosifovna meurt peu après. Oksana, robuste, survit en attribuant ses symptômes à une grippe sévère.
Dans un acte de bravoure criminelle stupéfiante, Solovyov verse du poison dans le café de l’enquêteur Shcherbakov… en plein interrogatoire, dans les locaux de la police. Le policier survit, les médecins ne décèlent pas l’empoisonnement.
Tentative d’empoisonnement contre sa sœur Oksana et sa famille, via de l’eau distillée contaminée. Le couple survit après une hospitalisation d’urgence. En revanche, leur enfant en bas âge — à peine un an — ne survit pas. Cette fois, l’apparition des mêmes symptômes chez plusieurs membres d’une même famille éveille les soupçons des autorités sanitaires. Une analyse révèle la présence de sels de métaux lourds dans l’organisme des victimes.
L’enquête remonte jusqu’à Solovyov, autour duquel les morts se sont accumulées de manière trop flagrante pour être ignorées. Il est arrêté.
« L’Empoisonneur expérimental » : des collègues aussi visés
Au fil de l’enquête, les enquêteurs découvrent un détail qui dépasse l’entendement : Solovyov n’avait pas attendu ses proches pour expérimenter ses poisons. Dans un comportement qui rappelle les « savants fous » de la fiction, il avait également administré de petites doses à plusieurs collègues de bureau, observant avec curiosité les effets sur leur organisme — douleurs articulaires, chute de cheveux, nausées. Ces personnes croyaient souffrir de maladies passagères. Elles étaient en réalité ses cobayes involontaires.
Le procès et la mort en cellule
Le procès de Solovyov s’ouvre dans un climat de stupéfaction. Dès la première audience, le prévenu tente de mettre fin à ses jours en s’ouvrant les veines. Après une pause, le tribunal reprend. Les expertises psychiatriques concluent qu’il est sain d’esprit et pleinement responsable de ses actes — il est dit « imputé » selon la terminologie juridique russe.
La cour le déclare coupable de six meurtres commis avec une cruauté particulière, ainsi que de nombreuses tentatives. Avant le prononcé du verdict, Solovyov exprime des regrets, mais précise qu’il ne demandera pas pardon aux familles des victimes — car, dit-il, il sait qu’elles ne lui en accorderont jamais.
Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Il ne purgera pas sa peine. Dans la nuit du 2 décembre 2008, Vyacheslav Solovyov meurt dans sa cellule de détention provisoire. L’autopsie révèle une cause de mort inattendue : un phlegmon — une infection purulente des tissus sous-cutanés. Les experts émettent alors une hypothèse troublante : les années d’expérimentation avec des poisons, que Solovyov avait parfois testés sur lui-même, avaient gravement affaibli son organisme. En empoisonnant les autres, il s’était peut-être aussi empoisonné.
Pourquoi cette affaire reste troublante
L’affaire Solovyov interpelle à plusieurs titres. D’abord parce que ses crimes ont duré quatre ans sans être détectés, malgré des décès répétés dans l’entourage immédiat d’un même individu. Cela pose des questions criantes sur les capacités de détection toxicologique dans la Russie des années 2000, mais aussi sur la facilité avec laquelle un individu peut se procurer des substances mortelles dans un contexte industriel peu régulé.
Ensuite parce que Solovyov ne correspond à aucun profil criminel classique. Pas de casier judiciaire, pas de violence physique, pas d’errance sociale. Un homme instruit, salarié, avec une vie de façade tout à fait normale. Ce sont précisément ces profils — invisibles, méthodiques, patients — qui représentent le défi le plus redoutable pour les enquêteurs.
Enfin, la mort de sa fille de 14 ans reste peut-être l’épisode le plus dévastateur : une erreur de cible transformée en silence coupable, quatre ans de crimes supplémentaires protégés par ce même silence. L’affaire Solovyov rappelle que les monstres les plus dangereux ne portent pas de masque. Ils signent les bulletins de salaire, font la cuisine, se rasent le matin.
🔎 En résumé
Vyacheslav Solovyov, ingénieur de Yaroslavl, a empoisonné au thallium et à l’azoture de sodium au moins six personnes entre 2003 et 2007, dont sa femme, sa fille adolescente et plusieurs compagnes. Inspiré par la fiction criminelle, il a testé ses poisons sur ses proches comme sur de simples collègues, dans un comportement froid et expérimental. Arrêté en mars 2007, condamné à perpétuité en 2008, il est mort en cellule avant de commencer à purger sa peine — peut-être victime de ses propres expériences.
Passionné par les phénomènes et les grandes affaires inexpliquées depuis plus de 20 ans, Michael consacre une partie importante de son temps à la recherche documentaire, à l’analyse critique des sources et à l’étude des dossiers qui suscitent interrogations et débats.
Il est également à l’origine du site Ghosthunter.be, consacré à l’exploration du paranormal et aux témoignages. Avec Histoires Inexpliquées, il élargit son approche vers les enquêtes historiques, les affaires non résolues et les mystères contemporains, dans une démarche plus analytique et documentaire.
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