L’Ange de la Mort de Sušice
Infirmière exemplaire, appréciée de tous, elle dissimulait dans les salles stériles d’une maternité un secret insoutenable.
Dans les couloirs feutrés d’un hôpital de Bohême, au cœur de la Tchécoslovaquie communiste des années 1960, une jeune infirmière veillait sur les nouveau-nés avec un soin apparent. Son nom : Marie Fikáčková. Compétente, fiable, promue infirmière en chef… et suspecte dans la mort d’au moins dix nourrissons.
Marie Fikáčková — Fiche criminelle
Une jeunesse marquée, une vocation façade
Marie Fikáčková naît le 9 septembre 1936 à Sušice, une petite ville de Bohême, dans une famille décrite comme profondément dysfonctionnelle. D’origine allemande par ses parents — son nom de jeune fille est Schmidlová — elle traverse une enfance difficile qui laissera des traces profondes dans sa psychologie. Elle se marie jeune, mais l’union ne tient pas.
Pourtant, en apparence, la trajectoire professionnelle de Marie est celle d’une réussite. Elle obtient de bonnes notes à l’école de médecine de Klatovy et intègre en 1955 le service de maternité de l’hôpital de Sušice. Deux ans plus tard, en 1957, elle commence à travailler directement en néonatologie. Ses supérieurs la tiennent en haute estime. Peu avant son arrestation, elle est même promue infirmière en chef du service.
Rien, en surface, ne trahit ce qui se passe réellement dans cette salle.
Les crimes : une nuit, deux nourrissons, et tout s’effondre
Le 23 février 1960 marque la rupture. Cette nuit-là, deux petites filles meurent dans le service de néonatologie pendant le service de Marie Fikáčková. L’une n’a que vingt heures, l’autre cinq semaines. Deux décès dans la même nuit, dans le même service, sous la responsabilité de la même infirmière — les soupçons s’éveillent.
Les autopsies pratiquées sur les deux corps sont sans équivoque : les petites filles ne sont pas mortes de causes naturelles. Les blessures retrouvées — traumatismes crâniens — indiquent une violence délibérée. Les lésions sont situées au sommet du crâne, là où un obstétricien ne peut jamais saisir un enfant. L’hypothèse d’un accident est définitivement écartée.
Marie Fikáčková est arrêtée quatre jours plus tard, le 27 février 1960, à son poste de travail.
« J’ai développé une rage incontrôlable dès que les nourrissons se mettaient à pleurer. Je ne pouvais pas m’en empêcher. »
— Marie Fikáčková, lors de ses interrogatoires (archives judiciaires tchécoslovaques)Lors des interrogatoires, Fikáčková commence par nier, avant de finir par avouer les deux meurtres du 23 février. Puis ses aveux s’élargissent de manière terrifiante : elle reconnaît avoir commis des violences contre une dizaine d’autres nourrissons depuis 1957, avoir frappé ses victimes à la tête, fracturant leurs crânes. Certains de ces nourrissons avaient survécu à ses attaques sans que quiconque en comprenne jamais la cause réelle.
Le mobile : une explication troublante, jamais totalement comprise
Pourquoi ? C’est la question que les enquêteurs, les psychiatres et l’opinion publique se posent. Marie Fikáčková évoque une pédophobie — une peur ou haine pathologique des enfants — qui se manifestait avec une intensité particulière pendant ses périodes de menstruation. Les pleurs des nourrissons déclenchaient chez elle, dit-elle, une rage incontrôlable.
Elle avance également des motifs plus circonstanciels : une dispute avec le grand-père d’un bébé, un désir de vengeance contre certains parents. Ses déclarations varient, se contredisent. Le mobile réel ne sera jamais clairement établi.
Les experts psychiatriques concluent que Marie Fikáčková est mentalement saine et donc pénalement responsable. Ils notent toutefois une forte tendance à la dépression, une personnalité hystérique et une incapacité à gérer sa colère. Ni psychose ni dissociation : une femme ordinaire, abîmée, qui a choisi la violence là où elle avait tout pouvoir sur les plus vulnérables.
Ce profil — soignant compétent en apparence, tueur méthodique en privé — est caractéristique de ce que la criminologie appelle les « anges de la mort » : des professionnels de santé qui s’en prennent à leurs patients, précisément parce que leur rôle les place au-dessus de tout soupçon.
Le procès et la condamnation
Marie Fikáčková est jugée pour les deux meurtres du 23 février 1960. Les crimes plus anciens, bien qu’avoués, ne peuvent être prouvés : les décès antérieurs avaient été classés comme morts naturelles, les corps non conservés, les dossiers lacunaires. La justice tchécoslovaque ne peut condamner que ce qu’elle peut démontrer.
Le verdict tombe : condamnation à mort. Marie Fikáčková est pendue le 13 avril 1961, à la prison de Pankrác, à Prague. Elle a vingt-quatre ans.
⊙ Chronologie de l’affaire
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1936
Naissance de Marie Schmidlová à Sušice, Tchécoslovaquie.
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1955
Diplômée de l’école de médecine de Klatovy. Intègre l’hôpital de Sušice.
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1957
Affectée au service de néonatologie. Selon ses aveux, les premières violences commencent.
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Fév. 1960
Deux nourrissons meurent la même nuit. Les autopsies révèlent des traumatismes crâniens volontaires.
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27 fév.
Arrestation de Marie Fikáčková à son poste de travail.
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1960
Elle avoue dix meurtres depuis 1957 et des violences sur une dizaine d’autres enfants.
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13 avr. 1961
Condamnée à mort. Pendue à la prison de Pankrác, Prague. Elle a 24 ans.
Un État qui a tout étouffé
L’une des dimensions les plus troublantes de l’affaire n’est pas le crime lui-même, mais ce qui l’a rendu possible. L’hôpital de Sušice fonctionnait sans mécanismes de contrôle efficaces pour surveiller les décès de nourrissons. Les morts en néonatologie étaient trop facilement attribuées à des causes naturelles, sans enquête systématique.
Ce n’est que parce que Fikáčková a tué deux enfants la même nuit, créant une anomalie statistique impossible à ignorer, que les autopsies ont été conduites sérieusement. Combien de victimes sont passées dans les failles du système ? On ne le saura jamais.
« Si elle n’avait pas tué deux enfants en une seule nuit, elle aurait peut-être continué indéfiniment. Le système ne cherchait pas à voir. »
— Synthèse des analyses criminologiques contemporaines sur l’affaireL’affaire a été délibérément tenue secrète pendant des décennies. Aucun responsable médical ou administratif n’a été poursuivi. Le régime communiste tchécoslovaque n’avait aucun intérêt à exposer les défaillances de son système de santé. L’affaire Fikáčková disparaît des archives publiques, enfouie sous le silence d’État.
Un héritage douloureux, des réformes tardives
Dans le sillage de l’affaire, la Tchécoslovaquie a progressivement réformé ses protocoles de surveillance hospitalière et introduit des évaluations psychologiques plus rigoureuses pour le personnel soignant en contact avec des patients vulnérables. Ces changements sont arrivés trop tard pour les victimes, mais ils ont peut-être évité d’autres tragédies dans les décennies suivantes.
Aujourd’hui, l’affaire Marie Fikáčková reste l’un des cas les plus glaçants de la criminalité médicale en Europe centrale. Elle figure parmi les exemples étudiés dans les cours de criminologie et d’éthique médicale, aux côtés d’autres « anges de la mort » comme l’infirmière britannique Beverly Allitt ou le médecin néerlandais Ben Broekhuijsen. Ce que ces cas ont en commun : la confiance absolue que nous accordons aux soignants, et le vide abyssal que crée sa trahison.
Cette histoire est documentée et vérifiée à partir de sources multiples : Wikipédia (versions française et anglaise), Murderpedia, The True Crime Database, Capital Punishment UK, et des archives criminologiques tchèques (kriminalistika.eu). L’affaire Fikáčková, longtemps gardée secrète sous le régime communiste, est désormais accessible dans les archives judiciaires tchèques et fait l’objet d’études criminologiques sérieuses.
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[1]
Wikipédia — Marie Fikáčková (version française) Article encyclopédique de référence sur la biographie et le jugement.
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[2]
Murderpedia — Marie Fikáčková Base de données criminelle internationale. Résumé du dossier judiciaire.
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[3]
The True Crime Database — Dossier complet Reconstitution détaillée des événements de février 1960, des aveux et du procès.
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[4]
Capital Punishment UK — Analyse de la condamnation Focus sur le parcours judiciaire et la peine capitale appliquée en Tchécoslovaquie.
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[5]
Prabook — Encyclopédie biographique mondiale Notice biographique incluant des éléments sur le contexte familial et professionnel.
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[6]
They Will Kill You — Profil détaillé Analyse du profil psychologique et reconstitution chronologique.
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[7]
Trending American — Réformes hospitalières consécutives Sur les conséquences institutionnelles de l’affaire en Tchécoslovaquie.
Passionné par les phénomènes et les grandes affaires inexpliquées depuis plus de 20 ans, Michael consacre une partie importante de son temps à la recherche documentaire, à l’analyse critique des sources et à l’étude des dossiers qui suscitent interrogations et débats.
Il est également à l’origine du site Ghosthunter.be, consacré à l’exploration du paranormal et aux témoignages. Avec Histoires Inexpliquées, il élargit son approche vers les enquêtes historiques, les affaires non résolues et les mystères contemporains, dans une démarche plus analytique et documentaire.
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